Je dois tout d’abord vous mettre en contexte… Chez Alphakid, je suis toujours la première arrivée. Question de pouvoir travailler avec mes potes de la France, j’arrive au bureau vers 6h00 du mat (midi à Paris). Donc très tôt le matin je papote avec les copains français puis quand mes collègues arrivent et me font remarquer qu’il est 10h00 (16h00 en France) je délaisse les potes français et je commence à blablater avec les copains québécois.
– Je vous arrête tout de suite, non, je ne suis pas une employée modèle, encore moins une lève-tôt, je déteste cet horaire, mais dans mon infinie gentillesse, j’accepte de le vivre. –
Donc à 6h00 ce matin j’arrive, il flotte dans l’air une subtile odeur de brûlé dans l’atelier. J’arrête, j’observe, j’écoute. Rien d’alarmant à signaler. J’en conclus que le calorifère s’affaire à brûler la poussière de l’été qui s’y est accumulée.
Les minutes défilent et à 8h00, AlphaStagiaire qui me seconde dans mes relations avec les potes français fait son entrée. D’ordinaire, elle est douce et tranquille, elle marche sur la pointe des pieds et c’est à peine si je l’entends. Mais pas ce matin ! Ce matin elle s’est mise à hurler !
AlphaStagiaire : « Evelyn, Evelyn, la fumée, il y a de la fumée partout »
Evelyn : « Quoi ? Il est 8h00 du mat, veux-tu arrêter de crier… My god… »
Elle insiste et j’abdique… De peine et de misère, je décolle mon postérieur de sa chaise pour aller jeter un œil sur l’objet de sa crise de nerf.
Evelyn : « My god ! De la fumée ! De la fumée ! Il y a de la fumée qui s’échappe de la machine à laminer ! La lamineuse est en feu ! Le rouleau de plastique est carbonisé ! Il faut éteindre la machine »
AlphaStagiaire : « Mais la machine est éteinte depuis hier soir ! »
Evelyn : « Quoi ? Comment ? La machine est fermée mais se consume ? Serions-nous devant un cas de combustion spontanée ? Dois-je appeler un exorciste ? Serai-je la prochaine à être possédée par l’esprit du mal ? »
– Ayant visionné beaucoup de film d’horreur, je m’interroge mais je n’ai pas peur, j’ai appris comment faire face à toutes situations maléfiques et extra-terrestres. En fait, si Satan et les Martiens avaient pris le contrôle de cette machine, il m’aurait sans doute été plus facile de régler la situation. J’ai beau réfléchir, mon cerveau qui manque cruellement de sommeil est incapable de rationnaliser. –
La fumée s’épaissit comme le mystère… Il y a désormais de la fumée dans tout le loft, dans l’atelier et le bureau on peut à peine voir un mètre devant !
Je prends le téléphone et j’appelle AlphaPatronne, chanceuse que je suis, je tombe sur LE matin où son fils de trois ans apprend à répondre au téléphone.
AlphaFiston : « Alloooo, Alloooo. »
Evelyn : « Bonjour fiston, est-ce que maman est là ? »
AlphaFiston : « alloooooo, alloooo téléphone »
Evelyn : « Fiston, s’il-te-plait, peux-tu mettre maman au téléphone, je dois lui parler c’est important »
AlphaFiston : « gaaa gaa gouuuuuuuu téléphone »
Il est 8h30 et je suis au bord de larmes
Evelyn : « Fiston, je t’en supplie, je t’implore, mets ta mère au bout du fil !!!!! »
AlphaPatronne d’une voie lointaine : « Fiston, qui est au téléphone »
AlphaFiston : « allooo ga gaaa gouuu, madame, madame au téléphone »
Evelyn : « Oui ! Oui ! Fiston, bravo, une madame qui doit parler à maman c’est une question de vie ou de mort ! »
AlphaFiston : « Gouu gouuu gaaaa… madame, madame au téléphone »
AlphaPatronne : « Allo »
Ouf… après cinq minutes de niaisage avec fiston – avec qui j’aurais adoré discuter n’importe quel autre matin – j’avais enfin AlphaPatronne au bout du fil.
Malheureusement, même après avoir débranché la machine sur son conseil, il en émanait toujours une sombre fumée et d’horribles effluves de caoutchouc brûlé. – Et bien entendu, comme la prise de courant est au plafond j’ai du escalader l’étagère en talon haut !
Finalement la machine a tranquillement arrêté de se consumer, nous avons ouvert portes et fenêtres pour aérer le loft et à l’heure où les autres AlphaCollègues sont arrivés, rien n’y paraissait plus. – Sauf peut-être pour la machine à laminer complètement carbonisée –
Ouf… Quel matin !
Heureusement, nous avons toujours un plan B vos histoires ne devraient pas vous être livrées en retard !